Mémoires de guerre

Les Mémoires de guerre de la jeunesse strasbourgeoise

La gazette du « Radio Märikplaetzel :
De jeunes Strasbourgeois s’opposent au nazisme

De novembre 1942 à fin mars 1944, un drôle de petit journal circulait entre Strasbourg et plusieurs pays de l’Europe en guerre. Là où des jeunes étaient incorporés de force dans la Wehrmacht (armée allemande), cette gazette réalisée par d’autres jeunes représentait une bouffée d’air frais, garantie sans propagande nazie. Une arme de résistance passive.

En 2003 à 80 ans, René Chevalier (né à Strasbourg le 9-12-1923, décédé à Strasbourg, le 22-11-2016) a écrit l’histoire de Radio Märikplaetzel. C’était le nom de la gazette reliant un groupe de copains qui avaient l’habitude de se retrouver place du Marché (S’Märikplaetzel) à Neudorf, près du centre de Strasbourg. Après les heures d’insouciance vinrent celles de l’Évacuation. Le 3 septembre 1939 en quelques heures, quelque 85 000 habitants Strasbourgeois sont obligés de quitter maison, appartement ou ferme sur ordre de la République. Un sort vécu par 600 000 autres Alsaciens ainsi que par des Mosellans. La famille de René, comme des milliers d’autres Strasbourgeois, se retrouve dans l’Indre. Mais beaucoup ont le mal du pays et rentrent en Alsace après la signature de l’armistice du 22 juin 1940, se jetant dans la gueule du loup nazi sans le savoir !

Vous trouverez sur le lien ci-dessous la suite de l’article :

La Gazette du Radio Märikplaetzel : de jeunes strasbourgeois s’opposent au nazisme

René Chevalier à droite et une partie de l’équipe de la gazette Radio Märikplaetzel en 1943, Archives privées

La tour Kessler à Kaysersberg

L’affaire de Kaysersberg (Haut-Rhin) le 15 février 1943

Le conseil de révision des six classes 1914 à 1919 à Kaysersberg (Haut-Rhin), organisé par les autorités allemandes, provoque une émeute. Le 25 août 1942, les décrets de l’incorporation de force dans la Wehrmacht sont annoncés en Alsace. Le 15 février 1943, un conseil de révision est organisé à Kaysersberg pour vingt hommes des classes 1914 à 1919. Les autorités nazies, bien conscientes que ces mesures sont impopulaires, mettent en alerte leur service de police pour parer à toute éventualité. Dès septembre 1942, les conseils de révision donnent lieu à des oppositions plus ou moins fortes, mais le 15 février 1943 à Kaysersberg, c’est l’ensemble du contingent mobilisable qui se révolte.

Le 9 février 1943, un avis du Landkommissar (sous-préfecture) de Ribeauvillé fait connaître aux hommes de son arrondissement des classes 1914-1919 et à ceux des classes 1920-1925 reconnus temporairement inaptes, les dates et les lieux des conseils de révision, devant lesquels ils doivent se présenter, sous peine d’une amende de 150 Reichsmarks ou d’une peine d’emprisonnement.

Les vingt hommes de Kaysersberg convoqués doivent se présenter le lundi 15 février 1943 à 7h30 à l’école de la commune, les passages devant le conseil de révision commençant 30 minutes plus tard. Tout le contingent mobilisable de la commune, ayant servi dans l’armée française, décide de s’opposer fermement à cette convocation. Le dimanche 14 février 1943, ils décident collectivement de ne pas se présenter devant le conseil de révision.

Le lundi 15, les vingt hommes se rendent à l’auberge A l’Arbre Vert tenue par Xavier Kieny, le père d’Adrien Kieny, l’un des convoqués. Certains portent le béret en signe de défiance envers les autorités nazies et l’un d’eux, Jean Baldinger, revêt même son uniforme de l’armée française avec sa musette où se trouvent un pain blanc et une bouteille de rouge. Ils renouvellent tous ensemble le serment de la veille et se rendent en cortège dans un autre restaurant de la commune en entonnant des chants patriotiques comme « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ». Les autorités nazies commencent à perdre patience. Malgré un premier refus, elles parviennent à faire venir les vingt hommes à l’école avec un retard de deux heures environ sur l’horaire prévu.

Mais sur place, les sentiments d’opposition ne diminuent pas et ils sont fermement décidés à résister à cette incorporation qu’ils jugent illégale. Rapidement encadrés par des gendarmes allemands, ils refusent néanmoins de se plier aux ordres et reçoivent très vite les premiers coups. Face à une telle opposition, les autorités nazies décident d’annuler le conseil de révision, mais ordonnent de procéder à l’arrestation des vingt hommes. Ils sont enfermés dans la tour Kessler alors que la Gestapo est alertée.

Très rapidement, le lundi étant jour de marché, une foule s’amasse devant la tour Kessler, hurle en alsacien « Rendez-nous nos fils! » et profère des menaces comme « Crevez! ». A travers une meurtrière, ils tentent de passer des vivres aux internés qui entonnent la Marseillaise. Les gendarmes tentent de disperser la foule et interrogent les prisonniers pour connaître les instigateurs de la rébellion. Mais ces derniers ne dénoncent personne et restent unis. Alors que deux camions débâchés de la Gestapo arrivent sur place vers 13 heures, un regain de tension s’empare de la foule. L’ouvrier Henri Jaegle rejoint alors la manifestation et, sur son chemin, heurte un brigadier de gendarmerie. Une rixe s’en suit au cours de laquelle Jaegle se défend vigoureusement. Un second gendarme intervient et blesse accidentellement son collègue par balle. Finalement maîtrisé, Henri Jaegle est amené à la gendarmerie de Kaysersberg tandis que les vingt hommes internés dans la tour Kessler sont transférés au camp de sûreté de Schirmeck où ils arrivent vers 16 heures.

Très vite, Henri Jaegle est également au siège de la Gestapo à Colmar où il est interrogé et torturé par l’agent Kayser. Deux jours plus tard, le mercredi 17 février, la gendarmerie à l’arrestation de l’épouse d’Henri Jaegle, Jeanne Jaegle, de leur fille, Marguerite, de deux femmes qui ont participé à la manifestation: Augustine Sissler et Léontine Spettel, ainsi que d’autres personnes comme Xavier Kieny. Henri Jaegle est transféré au camp de sûreté de Schirmeck le 22 février avant d’être fusillé deux jours plus tard en compagnie de Paul Munier d’Orbey et de Charles Muller de Ballersdorf (Haut-Rhin) à la carrière du camp de concentration de Natzweiler -Suthuthof (Bas-Rhin). La majorité des personnes arrêtées le 17 février 1943 est libérée le 17 avril 1943.

Le 25 février 1943, le journal Kolmarer Kurier publie une annonce mentionnant l’exécution de trois hommes « pour la résistance lors de la conscription et lors du conseil de révision ». Quant aux hommes de la commune de Kaysersberg, ils sont transférés rapidement au camp de sûreté de Schirmeck, ils y reçoivent un accueil brutal. Il compte devant un conseil de révision dans le quartier des locaux de la mairie de Schirmeck le 18 mars 1944 avant d’être incorporé dans la Wehrmacht le 27 mars, sans avoir pu revoir leurs familles. Deux d’entre eux, Charles Hack et Lucien Herold tombent sur le front de l’Est. Désiré Dietrich décédé en 1946 et Louis Wittmer, un an plus tard. Victor Herold, Guillaume Falcinella et Gustave Dietrich meurent, les deux premiers en 1962 et le troisième en 1963. Quant à François Pierrez, il décède le 14 décembre 1977 à Colmar, sa famille obtient la mention « Mort pour la France ».

L’impact de l’affaire de Kaysersberg est énorme dans toute l’Alsace. Quelques jours après la terrible défaite de Stalingrad, c’est toute la propagande nazie dans la région qui s’évanouit. Dans les jours qui suivent, les conseils de révision à Lapoutroie et à Fréland connaître le nombre important de réfractaires et les autorités nazies opèrent dans le cadre de la Sippenhaft, c’est-à-dire la responsabilité collective, de terribles représailles sur de nombreuses familles qui sont arrêtées et déportées.

Eric Le Normand, chargé de mission pour l’AERIA

SOURCES PRIMAIRES

Ref. 17571 – ADBR
Ref. 16788 – ADBR
Ref. 14117 – ADHR
Ref. 16246 – Archives privées de la famille Lidner
Ref. 16789 – ADBR
Ref. 17576 – ADBR

SOURCES IMPRIMÉES

Ref. 6090 – Le Nouveau Rhin français
Ref. 4435 – L’Alsace
Ref. 5987 – L’Alsace
Réf. 5986 – Les Dernières Nouvelles du Haut-Rhin
Ref. 5985 – L’agent de liaison de l’UNC
Ref. 5984 – L’agent de liaison de l’UNC
Ref. 4499 – Dernières Nouvelles d’Alsace
Ref. 6085 – Le Nouveau Rhin français
Ref. 6241 – Dernières Nouvelles d’Alsace

TÉMOIGNAGES

Ref. 3239 – Pierrez Joseph
Ref. 3236 – Mergel Lucien
Ref. 3237 – Eck Joseph-Emile
Ref. 3238 – Baldinger Jean
Ref. 3240 – Bertrand Pierre

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

Ref. 6328 – Histoire de l’Alsace sous l’occupation allemande
Ref. 6435 – L’Alsace sous les griffes nazies
Ref. 6605 – La nuit des parias – La vérité sur les 130 000 Malgré-Nous français enrôlés de force par les Nazis

 

 

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